Minceur?

L’obsession de la minceur

en bref

Les femmes ont un problème de taille…

Le ” syndrome ” de l’obsession de la minceur, touchant majoritairement les femmes, prend des proportions alarmantes. 81% des femmes adultes au poids-santé veulent maigrir. 23% des femmes de poids insuffisant le souhaitent aussi, ainsi que la quasi-totalité des femmes avec un surpoids réel. C’est donc dire que l’obsession de la minceur est un fléau qui touche bien plus d’individus que l’obésité.

Pourtant, 95% des personnes qui entreprennent un régime amaigrissant (majoritairement les femmes) reprennent le poids perdu en dedans de 5 ans, avec des kilos en bonus. Plusieurs études confirment ce fait : les variations de poids fréquentes à la suite des diètes sont un prédicteur important de gains de poids futurs. (Kroke et al, 2002). Notre société lipophobe est bien préoccupée par l’obésité, mais popularise des moyens qui font partie du problème et non pas de la solution, qui profitent plutôt à l’économie qu’à la collectivité. Il n’y a pas que la population qui engraisse à force de régimes. Les coffres de l’industrie de l’amaigrissement aussi, générant des profits de plus de 33 milliards.

Être à la diète signifie priver volontairement son corps de nutriments essentiels dans le but d’atteindre un poids idéal, une silhouette idéale. Au nom de la beauté, nombreuses sont les femmes à ne pas avouer être à la diète, mais simplement ” faire attention “. Faire attention à quoi? A ne surtout pas manger ce dont on a envie ou la quantité qu’on a envie. C’est remettre entre les mains d’un spécialiste ou d’un pseudo-spécialiste le pouvoir de nourrir son corps, de répondre à son besoin vital de s’alimenter. C’est ne pas se donner le droit au plaisir de manger, qui est pourtant à la base de la survie de l’espèce humaine.

Même le milieu médical se laisse prendre au jeu, puisque les professionnels de la santé sont loin d’être dépourvus de préjugés envers la grosseur. (Maiman et al, 1979). Les enseignants et les enseignantes n’y échappent pas non plus. Une étude a démontré que 85% des enseignants de sexe masculin et 87% des enseignantes conseillaient aux jeunes obèses de se mettre à la diète pour maigrir. De plus, une grande majorité d’enseignants et enseignantes ont répondu incorrectement aux questions concernant les troubles alimentaires. 14% se considéraient elles-mêmes comme souffrant d’un trouble alimentaire et l’image corporelle des enseignantes ressemblaient d’ailleurs étrangement à celle des adolescentes. (O’Dea et Abraham, 2001)

Améliorer l’image corporelle des femmes et les encourager à refuser de se conformer au culte de la minceur a des impacts qui dépassent la question de la santé ou de l’alimentation. Cela leur permet de refaire la paix avec leur corps et de retrouver l’énergie nécessaire pour se concentrer sur l’être, et non le ” paraître “. C’est, au lieu de nourrir en elles l’illusion qu’être mince est une condition sine qua non au bonheur, leur redonner l’espoir qu’elles sont capables de réaliser leurs rêves peu importe la silhouette qu’elles possèdent. Lorsque les femmes sont bien dans leur peau, elles se sentent plus fortes pour dire non au sexisme et à la violence et pour se prendre en main afin d’améliorer leur condition sociale et elles sont plus confiantes pour accéder à des postes de pouvoir. La qualité de vie des femmes est à la base de la mission des Sans Diètes.

Maigrir avant même de grandir…

Le phénomène de l’obsession de la minceur ne se limite malheureusement plus aux femmes adultes mais contamine également les adolescentes et les jeunes filles, et ce dès l’école primaire. Ce que les jeunes filles et adolescentes vivent n’est que le reflet de la souffrance de leur mère. Comme la génération qui les précède, 80% des individus de sexe féminin de moins de 18 ans ont déjà été à la diète au moins une fois. Ce qui s’est aggravé, c’est que 40% des fillettes de 9 ans ou moins ont déjà fait de même. L’initiation des comportements de restriction alimentaire se fait maintenant dès l’âge de 7 ans, ce que l’on ne voyait que rarement chez leur prédécesseurs.

Malgré ces statistiques apeurantes, l’ampleur de cette problématique est largement sous-estimée, de même que ses conséquences sur la santé des adolescentes. Pourtant, être à la diète à 7 ans, c’est grave. C’est commencer sa vie avec déjà une image négative de soi et de son corps. C’est imiter les grandes en restant sur sa faim dans le simple but de modeler sa silhouette. C’est, sans être anorexique ni boulimique, emprunter à ces troubles sérieux des comportements malsains, avec les conséquences que cela implique. C’est devenir une ” pro ” des calories et se les allouer seulement les jours ou la balance nous le permet. C’est refuser de combler ses besoins alimentaires pour éviter de développer les rondeurs normales d’une femme adulte. C’est maigrir avant même de grandir.

Le fait de se mettre à la diète est reconnu comme un facteur de risque d’obésité future, chez les jeunes tout autant que chez les adultes. Plus la diète est entreprise tôt, plus le risque est grand que l’adolescente subisse un gain de poids à l’âge adulte. (Field et Colditz, 2001). Mis à part le risque d’obésité future, les conséquences néfastes des diètes sur la santé des jeunes sont multiples: perturbations du système métabolique, arrêt de croissance, puberté retardée, risque accru d’ostéoporose et de carences alimentaires et augmentation du risque de développer un trouble alimentaire plus sérieux tel l’anorexie ou la boulimie. Le fait d’être à la diète chez les jeunes est également associé à une panoplie d’autres comportements malsains, comme l’usage de tabac. Plusieurs études récentes démontrent une forte association entre le fait de fumer et la perception qu’un jeune entretient à l’égard de son poids. On a démontré que les chances d’être fumeuse étaient deux fois plus grandes chez les adolescentes de poids normal qui tentaient de perdre du poids que chez celles qui ne souhaitaient pas maigrir. (Strauss et Mir, 2001) Cette association ne se retrouve pas chez les garçons. Il est donc clair que les répercussions de l’obsession de la minceur dépassent largement la question du poids. Elles compromettent aussi grandement la santé globale des jeunes femmes.

Le culte de la minceur n’épargne pas non plus l’intégrité psychologique de cette génération. Des chercheurs américains, en comparant les jeunes filles obèses à celles de poids moyen, ont observé que les adolescentes obèses étaient 1.63 fois moins susceptibles d’avoir fréquenté des amis dans la dernière semaine, 1.49 fois plus sujettes à rapporter des problèmes émotifs sérieux dans la dernière année, 1.73 fois plus sujettes à rapporter une tentative de suicide, 1.51 fois plus nombreuses à avoir doublé une année, et 2.09 fois plus nombreuses à se considérer comme des élèves médiocres (Falkner et al, 2001). L’oppression de la grosseur commence donc tôt dans la vie et met en péril l’estime de soi et le développement socio-affectif de la jeunesse en général, mais les adolescentes demeurent les plus touchées. Il nous faut, en tant qu’agents de changement, renverser la vapeur avant que toute une génération de futures adultes soient prise au piège du culte de la beauté et ne connaissent que cette triste réalité.

Références scientifiques :
Kroke A, Liese AD, Schulz M, Bergmann MM, Klipstein-Grobusch K, Hoffmann K, Boeing H.,Recent weight changes and weight cycling as predictors of subsequent two year weight change in a middle-aged cohort.
Int J Obes Relat Metab Disord 2002 Mar;26(3):403-9

Maiman LA, Li Wang V. Becker MH, Finlay J, Simonson M., Attitudes toward obesity and the obese among professionnals. Research 1974; 74:331-336

O’Dea JA, Abraham S.Knowledge, beliefs, attitudes, and behaviors related to weight control, eating disorders, and body image in Australian trainee home economics and physical education teachers. J Nutr Educ, 2001, Nov-Déc, 33(6) :332-40

Field AE, Colditz GA. Frequent dieting and the development of obesity among children and adolescents. Nutrition 2001 Apr;17(4):355-6

Strauss RS, Mir HM. Smoking and weight loss attempts in overweight and normal-weight adolescents. Int J Obes Relat Metab Disord 2001 Sep;25(9):1381-5

Falkner NH, Neumark-Sztainer D, Story M, Jeffery RW, Beuhring T, Resnick MD.Social, educational, and psychological correlates of weight status in adolescents. Obes Res 2001 Jan;9(1):32-42

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